Nos voyages, et nos plus belles vacances
Ce jeudi 31 mai, c'est le grand jour pour partir au large à la pêche au gros.
Arrivée au port pour repérer le bateau, l'un des mieux équipé du port, en particulier au niveau des moulinets de 25 cm de diamètre, qui sont les plus performants du marché.

Préparation des cannes avec des leurres fabriqués par le propriétaire chinois du bateau qui s'appelle Jean-Luc. Moteur: ça tourne !!

Et nous voilà parti, à travers le lagon, puis traversant la passe la plus proche du port, pour arriver en plein large.
Et là on passe des heures en regardant tour à tour les 5 lignes dont les leurres sont entre 5m et 20 m du bateau, et le vol des oiseaux. En fonction de leur nombre et de leur altitude on
détermine le type de poisson qu'il y a dessous, car les oiseaux mangent des petits poissons qui sont également la nourriture des gros.
Vers 13h pause déjeuner, mais sans arrêter le bateau qui continue à filer ses 15 noeuds.
Le repas purement tahitien s'appelle le Fafaru (prononcer Fafarou), il se compose de tranches de poissons crus (pour nous c'était du marlin (l'une des races d'espadon) de 5 mm d'épaisseur mariné
depuis le matin dans un jus préparé plusieurs jours avant de têtes de poissons et de crevettes. Spécial ! Mais pas mauvais du tout. Comme légume pour accompagner on met du taro (l'équivalent
polynésien de nos pommes de terre). Le tout est trempé dans une sauce à base de noix de coco fermenté. Et bien sûr ça se mange avec les doigts.
Après on se sent vraiment dépaysé. L'équipage composé du propriétaire chinois du bateau (Jean-Luc, prénom bien chinois) de son neveu, d'un ami tahitien et de Patrick pensait que j'allais manger
le sandwich préparé par Jackie. Je me suis aperçu que ça leur faisait plaisir de me voir manger comme eux.
Un petit coup de Hilano (bière locale) pour finir, et c'était reparti pour scruter l'horizon.
Puis au moment où je me demandais si je n'allais pas en profiter pour rentrer dans la cabine intérieure faire une petite sieste, tout d'un coup un grand cri: HOOK-UP, HOOK-UP !! (qui
signifie "crocheté") suivi de HAURA , HAURA (prononcer "Ah - ou - ra" ce qui veut dire "Espadon".
Là, c'est comme Starsky et Hutch, branle bas de combat, le poisson estimé à 2m de long et 50 kg une fois mordu à l'hameçon s'est barré à 400m du bateau. Il faut donc stopper le déroulement de la
ligne, puis commencer à le ramener doucement. Pendant ce temps là les autres membres de l'équipage s"affairent à ramener les 4 autres lignes pour ne pas qu'il y ait d'interférence avec la ligne
de l'espadon.
Il faut ensuite ramener cette ligne sur le porte canne situé au milieu du bateau et installer celui qui va travailler le poisson dans le fauteuil. Vu le chambardement que cela procure sur les 6
m² de la plate-forme arrière du bateau, il n'était pas question de faire des photos, d'autant plus que l'on m'a fait l'honneur de me laisser ramener la bestiole à bord.
Je ne comprenais pas ce que la locution "travailler le poisson" signifiait vraiment. Ce n'est qu'installé dans le fauteuil, sanglé comme pour un décollage, (mais surtout pour éviter que ce moi
qui décolle et aille rejoindre l'espadon) que j'ai pris conscience du boulot qui m'attendait.
La ligne étant au départ à une longueur de 20m du bateau, j'avais beau mouliner comme un fou, je ne voyais jamais cet espadon arriver. Ce n'est qu'après 1/4 d'heure d'effort, et les biceps en
compote, que Patrick m'a dit "Aller il ne reste plus que 100 m à remonter".
Et chaque mètre devenait de plus en plus dur à mouliner, surtout qu'il ne faut jamais laisser la ligne sans être tendue. J'étais finalement bien content d'avoir mangé le Fafaru plutôt que mon
sandwich, car j'avais besoin de toutes mes forces.
L'espadon à fait un petit saut hors de l'eau et les "pro" de la pêche ont alors estimé sa taille à 2,5 m de long et 60 à 70 kg. Et je mouline, et je mouline.
Puis tout d'un coup, alors que l'espadon n'était plus qu'à 5 m du bateau, et que les autres partenaires de pêche tenaient la gaffe pour le hisser à bord, l'espadon espiègle voyant qu'il avait à
faire à un popaa débutant à fait un grand saut hors de l'eau.
Surpris, j'ai arrêté de mouliner, la ligne s'est détendue et dans une superbe cabriole, l'espadon s'est décroché tout seul, nous rendant même le leurre, et est allé raconter sa bonne fortune à
ses copains.
Bien que tout le monde m'ait réconforté en me disant que ça arrivait aux meilleurs, et chacun de raconter le plus spectaculaire des décrochages, je sentais bien que la déception était grande.
Mais la pêche continue et rien n'est perdu tant qu'on n'est pas rentré au port.
Mous avons vu tour à tour les bans de marlins, puis de thons qui passaient un oeil pour venir me faire un petit coucou, mais j'étais vraiment déçu pour l'équipage de leur avoir fait perdre une
aussi belle pièce.
Finalement vers 16h, nous avons opté pour un changement de taille de poisson et nous contenter de la pêche à la bonite. Canne en main plus petite, je recommence à tremper mon bout de ligne.
Quelques minutes après, touche, et re-moulinage; c'est quand même plus facile car les bonites ne font que 50 cm de long, mais ne se laissent pas faire et sont très nerveuses.
Et là rebelote, alors que Patrick avait remonté sa première bonite, j'ai laissé se décrocher la mienne.
A croire que je ne suis pas fait pour ça. Mais sur le métier il faut remettre son ouvrage, et je me faisais un point d'honneur à en remonter au moins une.

Ce qui a fini par arriver, enfin. Ouf !!
J'aurai au moins quelque chose de positif à raconter en arrivant au port.
Le soleil commençant à rejoindre l'horizon, dernière touche. Je m'applique, et nouvelle "cata": je me retrouve avec le moulinet dans une main et la canne dans l'autre. Je hurle "Au secours" et
aussitôt une main serviable saute sur le fil, et remonte à mains nues le poisson dans le bateau. On m'explique alors, qu'il faut tenir avec la main gauche la canne à hauteur du moulinet afin
qu'il ne se désolidarise pas de la canne.
Personne n'ayant proposé de me jeter à la mer, vu mes compétences en matière de pêche, je finis la journée en faisant ce que je fais encore le mieux (et encore je ne suis que débutant): des
photos.
Regarder le soleil se coucher sur cette journée fertile en rebondissement, a relaxé tout le monde.

Je sens que ce soir je vais bien dormir, et j'espère ne pas trop rêver d'espadon !!
Demain sera plus cool, Patrick et Jackie nous ont prévu une remontée en pirogue de la seule rivière navigable de l'île. Un peu de repos va nous faire du bien.
à suivre...